Kleio, la Muse qui muse, musarde, s'amuse...

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Je suis une muse délirante et "délireuse", passionnée d'écritures et de lectures. J'aime la vie, la lumière et le bonheur !

28 janvier 2009

La meilleure du jour


On le sait, ce n'est pas un secret : j'écris et comme tous les "écrivaillons"... je cours l'éditeur..

Il y a quelques mois, je suis approchée par un éditeur Corse, pour mon livre de recettes - cuisine des Etrusques - Et puis comme toujours dans ce métier j'attends, de bonnes paroles en bonnes conversations, encouragements... Etc, etc.... Bref le temps passe.

Cette semaine, je décide de les traquer un peu au téléphone histoire de voir si son projet à mon endroit est toujours valable. Et là, au second coup de fil j'apprends par la secrétaire que le livre est prévu pour Juin, qu'il est sur le catalogue éditorial, qu'il a fait l'objet d'une réunion de travail....

Enfin le directeur de la maison me rappelle.. s'excuse et me demande le texte définitif et l'iconographie pour.... la veille bien sûr !

Certes je suis contente, un cadavre qui sort du placard on va pouvoir y mettre un nouveau, mais tout de même il comptait me le dire quand ? Au moment du bon à tirer ?

Ah, je vous jure, quelle vie !

Sur ce je retourne me replonger dans la civilisation étrusque et la nourriture car depuis un an j'avais un peu délaissé ce chapitre et maintenant ça urge !

24 janvier 2009

Je m'amuse



Non ce n'est pas du narcissisme mais j'aime beaucoup jouer avec les photos et puis j'adore les virages NB ou Sépia....
Vous vouliez voir mes yeux.... les voilà !
Allez un peu de coquetterie : ils ne brillent que pour vous !
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10 janvier 2009

Le conte du Gay scavoir...


Un conte, juste pour distraire un ami


Il y a très longtemps… ou peut être pas car le temps pour ce conte n’existe pas, n’existe plus.
Il y a donc très longtemps, dans un coin de Provence, au creux d’une vallée parfumée, se dressait un château. Un très grand château, aux hautes murailles de lisse tuf doré.
Ce château appartenait à un comte, le comte de Perceral. Le comte avait une épouse, Aglaé, aussi belle que sage. Ce n’était pas une puissante dame mais la fille d’un des métayers du comte. Ensembles ils avaient été accoutumés à courir les bois depuis leur plus tendre enfance et lorsque l’amour avait saisi leurs cœurs, tout naturellement, il avait embrasé leurs âmes. Pour la belle Aglaé, notre comte avait dédaigné les plus beaux partis de la contrée. Tout d’abord Jehan, le métayer avait refusé sa fille, il l’avait éloigné craignant quelque fantaisie de noble ecervelé, qui lui briserait le cœur et même peut être la désespérerait… Et puis peu à peu, il s’était laissé convaincre du pur et bel amour du comte pour sa fille.
Un matin de Printemps, les deux jeunes gens s’étaient juré fidélité et amour devant le trou aux fées, se promettant franchise et loyauté, se promettant de tout partager et de n’avoir l’un pour l’autre aucun secret….
Les années passèrent… paisibles… quand un soir,
« Mon bel ami, dit la comtesse, il y a quelque chose dont depuis quelques temps je souhaite m’entretenir avec vous… Rien de grave, ne froncez pas vos sourcils… rien de grave… cependant quelque chose chiffone mon coeur.. non pas un déplaisir de vous.. mais comme un vide qui s’est creusé dans mon âme…. Je entendu parler du « Gay Sçavoir » et je n’arrive pas à comprendre quel est cette science qui se prétend pétrie de gaité. »
- Je crois qu’elle enseigne le bonheur… N’êtes-vous donc pas heureuse que vous ayez besoin de prendre quelques leçons ?
- Non, ce n’est pas cela, mais je suis curieuse de connaître ce Gay Sçavoir comme une enfant qui veut savoir la fin d’une histoire, s’il vous plaît bel ami… trouvez moi quelque professeur.
Et le comte ne sachant rien refuser à la belle Aglaé se mit en quête d’un professeur de bonheur…
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On publia par toute la contrée un édit et il en vint une troupe entière…
La plupart n’était que des pitres qui n’avaient pas la moindre idée de ce qu’était le Gay Sçavoir. Il y eut des jongleurs, des magiciens, des philosophes plus tristes et sentencieux qu’un jour sans pain. Le comte les traita tous magnifiquement. On organisa des fêtes, des joutes où chacun rivalisé d’habileté et de fantaisie, mais la plus savante en toutes ces matières c’était toujours la belle Aglaé.
Or un jour, alors qu’on commençait à se lasser de ces enfantillages perpétuels et que le comte et comtesse songeaient avec beaucoup de précautions à renvoyer tout le monde, se présenta à la porte du château, un homme vêtu tout simplement. Il avait beaucoup voyagé comme on pouvait le deviner à ses habits fatigués et à ses chausses bien usées.
La comtesse comme elle en avait l’habitude vint l’accueillir à la porte et lui demanda de se présenter.
« Douce Comtesse, j’ai entendu, alors que je parcourai notre vaste monde, que vous étiez curieuse du Gay Sçavoir. Cependant j’étais à ce moment là de l’autre côté des rives de la mer Méditerranéanne et il m’a fallu de longs moments pour joindre jusqu’à votre logis. »
Le cœur de la comtesse bondit dans sa poitrine, elle ne savait pourquoi mais il lui semblait qu’elle voyait là un maître dans le Gay Sçavoir.
- Vous êtes donc savant en ces matières ? Lui demanda-t-elle fébrile.
-Savant, non, comment être se sentir savant devant le labyrinthe de l’âme ? Comment se prétendre savant et éclairé lorsqu’il s’agit de pénétrer les mystères du cœur et les douceur d’une tendre union ? Savant non, disons que je sais orner ma langue de mille manières pour qu’elle chante et célèbre ma Dame.
- Je suis tellement anxieuse d’entendre et d’apprendre sur le Gay Sçavoir que j’ai oublié de vous demander comment vous vous nommez .
- On m’appelle Guillaume Tournamour, certains me nomment le Tournamour et même l’oiseleur de l’Amour.
A ces mots, la belle Aglaé sentit le rouge lui monter aux joues, son sang battait à ses tempes, il lui sembla que le souffle allait lui manquer et c’est d’une voix haletante qu’elle répéta comme un écho…. L’oiseleur de l’Amour….
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Le lendemain, notre maître ès-Gay Sçavoir s’assit sur le rebord de la Fontaine qui ornait la cour du château. Comme il était encore très tôt, le château était presque endormi. Il se pencha pour laisser rouler entre ses doigts un peu d’eau fraîche et lisse. Il écouta le son délicat des perles d’eau qui s’échappaient de ses doigts, le doux murmure de la brise et les yeux mi-clos, la tête reversée pour mieux jouir du chatoiement du soleil matinal sur les pierres commença une tendre chanson.
Du haut de sa fenêtre la belle Aglaé l’écoutait émerveillée…. Sans qu’il eut été besoin de grandes leçons, elle comprenait ce qu’était ce Gay Sçavoir…. C’était une façon de tourner la vie, d’en saisir les moindres joies pour leur donner l’immortalité… Elle sentit son cœur s’ouvrir à la lumière de la vie et son âme comme un petit oiseau s’envola pour aller se percher sur l’épaule de l’oiseleur.
« Etes vous poète ou magicien ? Demanda-t-elle, d’une voix enjouée »
- Tantôt l’un tantôt l’autre lui répondit-il, envoyant un baiser en guise de salut. Nous les maîtres troubadours sommes ainsi, nous allons où le vent nous porte, un luth, un besace rempli de nos poèmes et de nos chansons voilà notre fortune. Nous restons parfois ici ou là, mais jamais nous ne nous établissons. Là dans cet endroit que la Providence nous offre, nous célébrons la vie, notre hôte, une Dame et pour les remercier nous leur offrons l’immortalité….
La Comtesse tressaillit…
« Alors belle amie, nous avons je crois trouvé notre maître ? »
Elle sursauta, absorbé par le discours du troubadour, elle n’avait pas entendu son mari, le comte qui s’était approché. Lui aussi contemplait la cour. Elle lui lança un regard plein de reconnaissance. Oui, elle avait trouvé son maître, sa cour allait briller de mille feux… Le comte ému de tout ce bonheur, sourit à sa femme et l’embrassa. Tout ce qu’il avait rêvé se réalisait, il avait une vie parfaite et le Tournamour contribuerait à la rendre immortelle.
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Effectivement, le Tournamour établit son camp à la cour du comte et de la comtesse…
Il en fit sa Dame ce qui la rendit encore plus aimable aux yeux de son mari qui l’aimait davantage. Le Comté respirait le bonheur. Voir l’oiseleur, l’entendre c’était comme voir le soleil deux fois. Mais un matin alors qu’il contemplait de la fenêtre de sa chambre un berger menant son troupeau Guillaume sentit que la vrai vie était là, au delà des murailles de la cour et qu’il devait reprendre le voyage.
Il alla trouver le Comte : « Monseigneur, voilà près d’une année que je célèbre Perceral, la douceur de ses collines, la fraîcheur de ses ruisseaux, ses vertes prairies… Voilà plus d’un an que je chante vos louanges… Voilà plus d’un an que Votre épouse m’a emprisonné du doux lien de courtoisie… Jamais je ne suis resté aussi longtemps en aucun lieu… Mais là, ce matin, j’ai entendu le petit oiseau qui chante au fond de mon cœur… Il est impatient comme jamais de reprendre son vol. »
- Ce n’est pas possible ami, avons nous failli, quelque chose vous fait défaut ? Demandez et vous serez exaucé.
- Non rien, il ne me manque rien. Je serais bien ingrat… Il ne me manque rien…. seulement la liberté, le vent dans les cheveux, l’herbe odorante après la pluie sous mes pas, ma besace et mon luth pour tout oreiller. Pour tout cela, Monseigneur je partirai demain.
Le comte sortit de la pièce et se précipita chez son épouse : « Le Tournamour veut partir, lui cria-t-il plutôt qu’il ne dit, il veut partir vous seule pouvez le retenir ! S’il part tout le bonheur parfait qui nous entoure va disparaître, tous nos rêves vont s’évanouir en fumée… et de nous, il ne sera plus rien… De moi, c’est peu de chose, mais de vous, mon amour. Courez, parlez, pleurez, suppliez, mais retenez-le ! »
La comtesse, troublée tout autant que surprise se lança dans l’escalier qui menait aux appartements de l’oiseleur.
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Lorsqu’elle entra dans la chambre Guillaume avait quitté les beaux habits qu’on lui avait donné pour reprendre les vêtements qu’il portait à son arrivée. Il contemplait l’horizon un léger sourire errant sur les lèvres.
« Mon ami, le comte mon époux vient de me prévenir… vous nous quittez… vous ai-je blessé ?
- Non, belle Aglaé mais, je l’ai dit au Comte…. Je suis l’oiseleur, j’ai attrapé tous les oiseaux des parages dans le filet de mes vers… Maintenant, je dois aller vers des cieux plus libres…. C’est ainsi.
- Restez, je vous en supplie, restez, le temps de nous apprendre vos chants, de nous laissez copier vos contes… restez, une semaine, deux tout au plus… Le temps que mon esprit se fasse à l’idée de vous perdre, que mon regard s’habitue à ne plus vous voir et mon oreille à ne plus vous entendre…. C’est trop cruel, je ne puis…. La belle s’était jeté à ses genoux, elle lui avait pris les mains, suppliante, désespérée.
Comment ne pas être ému ? Un barbare même n’eut pas resisté aux larmes de la belle Aglaé. Son desespoir, bien réel, lui donnait encore plus de charmes. Le chagrin lui avait levé toute retenue, ses yeux brillaient du feu de la passion tout autant que des larmes. Tout son plaidoyer n’était qu’un vibrant chant d’amour.
« Soit, je reste ! Dit-il en la relevant. Le temps de vous réciter encore une fois nos poèmes…. Et puis je partirai. »
La comtesse l’embrassa avec tant de fougue qu’il en fut, un instant, étourdi.
Une semaine passa, puis deux puis trois…. On ne parlait plus de rien.
Un matin, la comtesse alla trouver le Tournamour, elle avait rêvé d’une fontaine qui se tarissait et cela l’avait troublé. En entrant dans la chambre, elle poussa un cri…. Le poète avait disparu.
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« Comte, monseigneur… Il est parti… Il est parti.
- Ne vous alarmez pas, il est sûrement allé faire une promenade.
- Non, il a laissé les affaires que nous lui avions donné… Il a emporté son luth, non, bel ami, il est parti.
Alors le comte entra dans un grande colère : « Qu’on selle mon cheval, qu’on aille quérir la meute, que mes gens se tiennent prêts… »
Bientôt la cour du château se mit à bruire comme une ruche industrieuse, les piqueurs, les chevaliers, les chiens impatients. « Allons, mes seigneurs, à la coure, sus ! sus ! »
La troupe s’ébroua dans un grand fracas… On attendit toute la journée. Et, à l’heure ou la terre se recouvre d’un voile bleu, ils rentrèrent. Le Comte caracolait en tête, traînant derrière lui, les mains attachées dans le dos, la corde au col, notre oiseleur, l’air triste.
« Voilà, ma mie, je vous ai ramené votre oiseau… dit-il en lui tendant la corde, veillez sur lui et songez, peut-être à lui rogner les ailes ! »
Guillaume regarda la comtesse, elle lui rendit son regard… et lâcha la corde. L’oiseleur, tout triste, regagna sa chambre. Rien n’avait été changé, on avait juste ajouté des barreaux à la fenêtre et un gardien à la porte.
A partir de jour là, l’oiseleur ne quitta plus sa chambre, il ne chantait plus, ne racontait plus d’histoires, ne jouait plus du luth. Peu à peu, la cour de Perceral devint moins brillante, tour à tour les Dames et les seigneurs la désertèrent pour regagner leurs demeures et retrouver leurs troubadours qui à défaut de valoir l’oiseleur au moins ne restaient pas silencieux. Peu à peu les poètes aussi l’abandonnèrent, libres et avides qu’ils étaient de parcourir le vaste monde.
La Comtesse se désespérait… mais ne se résolvait pas à rendre sa liberté au troubadour.
Un soir qu’elle était assise songeuse, aux côtés de son époux.
« Ma mie, il m’est venu ce matin une idée qui je le crois pourrait rendre bonheur et gaieté à notre château… Une idée… mais elle ne sera pas aisée, qui vous rendra le sourire.
- Bel ami, dites vite, je brûle
- Holà ! Holà ! Comme vous vous enflammez soudain.. Il vous manque donc autant… Ne rougissez pas à moi aussi ses chants manquent, son silence est comme une douloureuse absence au fond de mon âme… Voilà ce que nous allons faire….
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- Holà ! Holà ! Comme vous vous enflammez soudain.. Il vous manque donc autant… Ne rougissez pas ! A moi aussi, ses chants manquent, son silence est comme une douloureuse absence au fond de mon âme… Voilà ce que nous allons faire…. Vous irez trouver notre ami et vous lui dirai que vous voulez apprendre son art… Que lorsqu’il aura fait de vous un maître en Gay Scavoir, il pourra partir…. Que bien sûr il aura toujours une place dans notre cœur que lorsqu’il sera fatigué de courir le monde, il trouvera au coin de notre âtre un endroit pour chauffer ses vieux os… Il nous connaît et sait que nous ne sommes pas des ingrats. Allez et soyez plus docte qu’une muse. »
La comtesse gagna rapidement la chambre de l’oiseleur… Elle le trouva tout triste. Elle se mit en frais pour lui expliquer la marché que son époux lui proposait. Elle lui peignit sous les couleurs les plus riantes cette proposition, bref elle épuisa tous les trésors de son éloquence.
Quand elle eut finit de parler, Guillaume se tourna vers elle : « Malheureuse, que me proposes-tu là belle amie…. Une vie n’y suffirait pas, moi même j’apprends et j’ajoute à mon art, tous les jours.. Et quand bien même je t’enseignerai tous les méandres du Gay Sçavoir… ton époux trouverait une autre raison de me retenir !
- Je vous le promets… Je travaillerai dur, je serai assidue… Et lorsque j’en saurai assez…. Vous partirez….
A ce moment Guillaume eut comme une fulgurance, de celle brillante que vous envoie parfois l’Esprit. Il regarda la comtesse, un fin sourire vint se dessiner sur ses lèvres : « Soit, mais il faudra passer de longues heures auprès de moi… travailler sans relâche… Je consens à essayer bien que je n’ai rien tenté de la sorte… C’est cela je vous enseignerai mais après…
Après vous partirez. » Répondit la comtesse sans remarquer l’air rusé qu’il avait pris pour dire ces derniers mots.
Guillaume était tout à fait résolu à enseigner son art à la Comtesse, il savait que sa liberté en dépendait… mais il savait également que le Comte ne le laisserait jamais partir, qu’il trouverait toujours un prétexte pour le retenir…. Il avait eut une autre raison pour accepter ce marché…. Lorsque la Belle Aglaé serait devenue, à son tour, un troubadour…. Elle comprendrait son désir de liberté et elle le laisserait partir, malgré son mari.
Alors le Tournamour commença. Il déploya toutes les richesses de son art et toutes les facettes de son talent…
Il raconta à la Comtesse, les plus belles histoires, celles qu’elle n’avait jamais encore entendues et qu’il conservait comme autant de trésors au fond de sa mémoire…. Puis il chanta des mélodies d’amour et d’autres de guerres et de passions…. Il lui fit entendre toutes les musiques des terres qu’il avait parcourues. Il la transporta, sur les cordes de son luth, au cœur du sérail du grand sultan…. Là bas dans le jardin des mille roses, puis à la brillante cour de la Reine Eleonor dans les brumes du Nord, pour terminer par la poignante mélodie que joue le berger solitaire pour célébrer dame Lune… La comtesse, troublée, fermait les yeux, écoutait bouche bée et frissonnait de bonheur… Assis côte à côte sur le lit, ils lisaient les poèmes, chantaient des chansons…. La Belle Aglaé n’avait jamais été aussi heureuse….
Quelque chose pourtant intriguait Guillaume….
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Quelque chose pourtant intriguait Guillaume, la comtesse était douée au delà de toute espérance. Une femme pourrait donc devenir un troubadour ? Elle en supporterait les exigences et les renoncements, cette vie d’errance et d’aventures, l’âpre souffle de la création pour seul compagnon, la poussière des chemins pour tout patrimoine ?
Guillaume aussi n’avait jamais été aussi heureux. Il prenait un plaisir inouïe à enseigner à la belle Aglaé.
Elle possédait une imagination hors du commun, elle savait comme personne tourner une intrigue, retenir une action, orner une phrase. Bien qu’elle n’eut jamais quitté les forêts de son comté, il semblait qu’elle connaissait pour les avoir vues les contrées les plus lointaines, tant elle excellait à se pénétrer avec facilités des coutumes et usages des pays étranges. Guillaume devait le reconnaître, il n’avait plus rien à lui apprendre… L’oiseleur était devenu l’oiseau pris en cage.
Alors il lui raconta sa vie, pour la garder encore un peu suspendue à ses lèvres. Il lui dit comment petit berger, il avait un jour croisé la route d’un grand troubadour… Comment celui-ci l’avait enivré de poésies et d’histoires merveilleuses, lui ouvrant les portes d’un monde de libertés. Il lui raconta aussi comment il était parti, laissant son troupeau pour mener sa vie d’errance, apprenant des autres, voyageant sans cesse, là où le vent le portait. Puis il dit ses amours qu’il avait quittées, les enfants qu’il avait eus et qu’il avait laissés, un jour, pour reprendre la route, ses chagrins, ses espoirs…
« Tu vois, ajouta-il, celui qui tient le Gay Sçavoir, tient la clé, la clé d’un monde, un monde merveilleux où seuls nos semblables, les Tournamours, peuvent entrer….
- Tu me mèneras dans ce pays ? demanda-t-elle
- Tu t’y promènes déjà, car tu avais le don et je t’ai donné le Sçavoir…. Alors maintenant tu me comprends ?
Elle le regarda et su à cet instant, que le monde où elle vivait, venait de cesser d’exister… Son époux lui semblait un homme froid, ambitieux et égoïste… Le reste n’était que vanités et vacuités…. Oui, elle le comprenait. Elle l’embrassa.
« Je vais partir… lui mumura-t-il à l’oreille comme une caresse
- Et je viens avec toi… Laisse-moi faire. »
Au petit matin, alors que le château était encore endormi, elle se glissa par la poterne et pris le chemin du trou aux fées.
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Il y avait si longtemps qu’elle n’avait plus emprunté ce sentier étroit, quelques bras de ronces égratignèrent les pans de son manteau. Peut être même que les fées avaient déserté ce lieu ? Elle arriva devant la grotte, écarta délicatement les branches d’aubépines odorantes qui en dissimulaient l’entrée et pénétra dans le sanctuaire. Une fine poussière d’étoiles l’enveloppa, sans y penser elle retrouva les gestes familiers : une pincée de terre en offrande, une salutation à l’âtre qui dansait joyeusement au beau milieu de la clairière. Elle s’assit auprès du feu et fit sa demande. Il faisait doux, entourée de suaves et tendres parfums, la belle Aglaé s’endormit. Lorsqu’elle se réveilla, une main invisible avait déposé au creux de sa paume ouverte, une fiole en or. Au moment de franchir la verte porte, la brise lui souffla : « Une goutte et il dormira une semaine, deux gouttes, deux semaines, trois gouttes…. Toujours. »
Au château, la journée commençait mais personne ne s’étonna de voir la comtesse dejà levée qui distribuait passait de postes en pièces pour offrir un peu de vin ou d’hydromel. On la savait bonne et attentionnée surtout depuis qu’avec le Tournamour elle enchantait le château. Enfin, elle rencontra son époux qui se préparait pour la chasse. « Bel ami, avant que de partir, partagez avec moi cette fraîche eau d’esprit que je viens de faire.
- Cette eau d’esprit ?
- Oui, une eau dans laquelle j’ai mis quelques feuilles de menthe, de la verveine délicate et un peu de sauge qui nous sauve la vie… Elle oublia de dire qu’elle avait versé deux gouttes de la fiole en or.
A peine avait-il bu qu’il s’étira et sombra aussitôt dans un profond sommeil.
La comtesse alla rejoindre Guillaume : « Je suis prête lui dit elle, j’ai mon luth et ma besace. N’ai-je pas tout à fait l’air d’un oiseleur ? Ils sortirent en riant comme deux enfants qui jouent à cachette...
Ils marchaient déjà depuis un moment lorsque le Tournamour dit à la comtesse : « Belle Aglaé, ne craignez-vous pas la colère du comte…
- Non, nous ne risquons rien, tout le château va dormir pendant deux semaines.. dormir du sommeil des fées. » Elle lui sourit. L’oiseleur ne put rien dire, il lui prit la main.
Un observateur qui n’aurait pas bu de l’eau d’esprit aurait pu les voir disparaître à l’horizon des vertes collines mais… comme tout le monde dormait…. Aussi on n’en entendit plus parler.
Certains disent que l’oiseleur abandonna la belle Aglaé, qu’elle en devint folle de chagrin et qu’elle but trois petites gouttes… D’autres, qu’après quelques années, ils se séparèrent et qu’elle continua la vie de troubadour sous le nom de Melisande, allant de château en château, composant des chansons et écrivant des poèmes…
Et vous ? Qu’en pensez-vous ?
Kirikiki le conte est fini !

25 décembre 2008

Déjà trois ans !

La muse et son fils.... à Glanum au bord du nymphée. Il y avait du Mistral !

L'autel dédié aux oreilles de la "Bonne Déesse". Si le coeur pur tu vas chuchoter aux oreilles de la "Bonne Déesse" un souhait, elle l'exaucera.... Et en plus, ça marche !
Le site de Glanum vu du sanctuaire des Francs Saliens (gaulois premiers occupants). Un jour, je vous parlerai des Francs Saliens et de leurs oppida.
Le Mont Gaussier, refuge du Dieu Glan.. le terrible.... Dieu des glaniques, fondateurs de Glanum...
Van Gogh l'a peint souvent.

Il y a trois ans déjà, une amie très chère, est venue des brumes de la perfide Albion me rendre une visite.... Nous nous sommes beaucoup promenées et elle a fait ces quelques photos qu'elle a déposées il ya deux jours sur mon ordinateur....
Je vous les livre !
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19 décembre 2008

Mon petit cadeau !


Hier soir, je me suis offert mon petit cadeau de Noël... et c'était bon !

J'ai appuyé sur la touche "contact du Sagem, cherché la lettre C. et hop me voilà , deux sonneries plus tard à.... Montréal.

Je savais par une indiscrétion qu'il y avait une soirée, alors je me suis invitée

Là, belle assemblée, beaucoup de rires....

Sur cette photo, façon pop art, j'ai aussi les yeux "morts de rire"
Y'avait bien un samourai dans un coin qui devait me trouver bien bavarde, j'espère que la maîtrese de maison avait pas fait du soufflé au fromage sinon, il était tout raplapa...

J'ai entendu la voix de tout le monde :
- Le célèbre "Père l'ours"- c'est un taiseux lui- mais il a la voix bien douce pleine de fierté quand il parle des gens qu'il aime.. J'ai oublié de lui dire combien sa fille était une belle personne... bon j'suis tranquille il le sait.

- Celui qui change tout le temps de nom en ce moment... J'étais drôlement contente de l'entendre, il avait l'accent que je pensais... bon comme il riait tout le temps, on se comprenait un mot sur deux, ce qui a rendu un moment où il essayait d'être poétique franchement comique : un quiproquo auditif sur "mordoré" et "mort de rire".
Aussi c'est ma faute, il me parlait de mes yeux et moi, toujours simple, au lieu de lui dire ben oui, ils sont quelquefois verts, quelquefois jaunes quelquefois marrons ça dépend de la lumière et de mon humeur, je lui dis qu'ils sont mordorés et alors là.. je vous laisse imaginer la suite... au lieu de s'extasier, il s'éclate... de rire.
Raté, pour la poésie.. la Muse était un peu vexée alors elle en a rajouté... oui, oui mordorés comme on dit "gorge de pigeon" (= rose tyrien et vert) ou queue de cerise (=rouge et bleu de prusse) mais elle a continué à faire un flop.. C'est pas grave c'est toujours comme ça quand elle est émue, la Muse, ou elle se tait et on pense qu'elle s'ennuie ou elle parle, elle parle et dit n'importe quoi !
Enfin il verra la photo de la fée et il jugera sur pièce.
Mais c'était bon de l'entendre et de le faire rire.

Et puis, cerise sur le gâteau.... grande conversation avec la fée (alors là le soufflé il devait ressembler à une crêpe et le dragon j'ose même pas imaginer).
On a dit que des banalités mais l'essentiel était dans la mélodie de la voix et dans les interlignes du dialogue. C'est un peu rageant mais elle sentait que j'allais pas si bien que ça et que j'avais besoin de l'entendre me le dire : ça m'a émue jusqu'aux larmes d'être aussi transparente. C'est bon la compassion ça réchauffe.

Vivement que la téléportation s'installe... c'est rageant de devoir raccrocher.
Tu m'excuses Seko, je t'ai volé tes invités... et je me suis "méchamment incrustée", comme ils disent. Je te fais deux bises pour me faire pardonner mes bavardages.
En conclusion une bien belle soirée.. Je suis allée me coucher toute regaillardie.

18 décembre 2008

Pour accompagner le conte



Cerisier bicolore...

Un conte... pour la route

Pour certains qui seraient en chemin et en errances comme des nouveaux croisés...

C’était il y a bien longtemps en Provence, au temps de la première croisade.
Le moine de Clermont, pierre l’Hermite, venait juste de parcourir les hautes terres de Provence et avait, par sa foi ardente, enflammé les cœurs de tous les habitants. Il n’y avait pas une âme qui ne brûlât de partir pour la Terre sainte et ne songeât à accomplir son destin en délivrant Jérusalem.
Le Seigneur de Fontcaude était de ceux là.... Il possédait un beau et vaste manoir juché tout au sommet d’un éperon de calcaire plus blanc que le marbre. Tout autour s’étendaient de vastes et grasse prairies encadrées de vergers plantés de bleus oliviers... et puis les bois odorants où se mêlaient les fragrances les plus subtiles des plantes des bois...
Les habitants de ces vallées travaillaient tous de bon cœur pour leur Seigneur... Oh pas tellement pour lui faire plaisir mais... il y avait sa dame, son épouse la comtesse de Fontcaude...
Un seul de ses regards était plus doux et plus doré que l’aube nouvelle, sa voix était douce et mélodieuse, jamais une parole dure ou blessante... Elle portait tant de bonté en elle qu’on avait coutume de dire qu’elle était toute de soie, à la fois douce et brillante. Mais surtout ce qui ne lassait pas d’étonner c’était son amour pour son mari, pourtant bien sec et revêche qui vivait grassement et était avide de plaisirs. Cependant, malgré sa dureté, il se comportait somme toute assez bien ou du moins pas plus mal que les autres seigneurs de ces lieux.
Donc jusqu’à la venue du moine des montagnes, la vie s’écoula sereine.
Lorsque sa réputation s’étendit dans toute la Provence, Le comte alla l’entendre à Saint Gilles et revint, lui qui était plus que souvent avare de paroles, d’une humeur volubile. Le soir, il ne tarit pas d’éloges sur cette grande expédition qui se préparait... Il devait lui aussi partir et ses gens avec lui...
Enfin, pas tous car ses compagnons de banquet... le comte n’en voulait pas. Tous ces courtisans vêtus et soies et de brocards, seulement occupés de rimer les madrigaux et de s’extasier sur la robe d’un vin auraient été des fardeaux inutiles...
Eux non plus d’ailleurs ne voyaient pas le moment de reprendre leur vie de délices que l’absence du comte rendrait encore plus joyeuse.
Mais le comte, était-ce l’effet d’un peu mansuétude qui lui serait venue avec l’âge, le comte songeait en regardant ses terres, son château, sa cour que ce voyage comportait bien des risques, qu’il faudrait affronter bien des dangers, le voyage en mer, les pirates, les maladies dont on ne connaissait même pas le nom et encore moins les remèdes... Il sentit son cœur faiblir à l’idée de ne plus revenir mais un sursaut d’orgueil lui fit secouer la tête et chasser toutes ces sombres pensées. Lui le Seigneur de Fontcaude ne faillirait pas, il irait en croisade et reviendrait couvert d’une gloire immortelle...
Le matin du départ toute la cour était remplie, ce n’était qu’embrassades et souhaits de bons voyages entre ceux qui partaient, la tête remplie de rêves de gloire et d’espérance et ceux qui restaient et formaient les vœux les plus chers pour cette expédition.
Tout à coup, la foule s’écarta pour laisser passer la Dame et sa suite... Le baron sentit son cœur faiblir... comme son épouse était belle et douce.... aurait-elle la patience d’attendre son retour ?... N’allait-elle pas se lasser de la solitude... Alors... Et cette pensée s’enfonçait déjà comme un aiguillon acéré dans son cœur, viendrait quelqu’un de plus aimable, de tendre et alors.... elle se laisserait distraire, séduire, charmer... et il l’emmènerait loin des hautes tours ou pire encore ils contempleraient en souriant le soleil illuminer de ses rayons les vertes plaines de la vallées... Le visage du comte prit une expression dure et amère... La mort, la maladie serait encore préférable à cela
« Mon seigneur, ne soyez pas triste, chaque minute qui s’écoule nous rapproche de votre retour, La Dame de Fontcaude disait cela d’une voix douce tout en caressant tendrement la joue de son époux
- Pourrez-vous m’aimer pendant toute cette longue absence ? Lui glissa-t-il à l’oreille. »
Elle se contenta de sourire. Le doute lui serra le cœur... Il se retourna, plantant là sa cour et se rendit dans la haute salle. Il ordonna alors qu’on aille chercher le sorcier Benserad....
Benserad était le sorcier le plus puissant de Provence, d’aucuns disaient même du monde... on ne savait ce qui le liait au Seigneur de Fontcaude... Un pacte diabolique ou encore une promesse, certains prétendaient que le comte avait délivré, par hasard, Benserad d’un charme et qu’ainsi ce si puissant magicien avait fait voeu de le servir le comte... Mais nul ne savait rien sinon qu’il inspirait la crainte.
Peut êter cela provenait-il de sa physionomie ?
Il était grand et mince, le temps semblait ne pas avoir de prise sur lui et bien malin qui aurait pu lui donner un âge... De sa mère sarrazine, il avait hérité des cheveux noir de jais qui tombaient en cascades sur ses épaules... et puis ses yeux. Ah ! Ce regard qui pouvait passer du plus doux velouté à la plus étincellante des tempêtes et puis sa voix chaude et grave qu’il modulait à plaisir pour tour à tour séduire, apaiser ou envoûter.
Benserad posssédait tous les pouvoirs qu’on pouvait imaginer. Il savait changer les métaux en or, lire les signes secrets des étoiles, charmer les animaux et parler leur langue....
« Mon maître m’a fait appler, dit le magicien. Il était arrivé sans bruit et s’inclinait respectueusement devant le comte
- Certes, je t’ai fait appeler, répondit le seigneur de Fonccaude en se versant une rasade de vin, je t’ai fait appeler car je veux de toi une magie puissante, assez puissante pour rassurer mon coeur inquiet.
- La magie est puissante mais... pour le trouble de l’âme... je ne peux rien
- Tais-toi ! Cria le comte
Benserad lui lança un regard étincellant mais, se drapant dans sa cape écarlate il s’inclina profondément
- Je sens mon maître bien inquiet...
- Mon épouse est belle Benserad... Je veux qu’elle me reste fidèle, trouve un charme qui me protège de la trahison
-Tu n’as pas besoin de moi pour cela, la comtesse est fidèle et pure... Aucun de mes sorts n’aura de prise sur elle... Ce n’était pas la peine de me déranger pour cela et il fit mine de sortir.
- C’est un ordre !... Rappelle-toi Benserad...
Benserad regarda longuement le comte : « Je peux la changer en oiseau ou en pierre. »
- Non car un oiseau peut être tué et une pierre écrasée et puis qui s’occupera de mes terres lorsque je serai parti.. Non ! Ecoute Benserad, j’ai bien réfléchi... Je veux que tu rendes ma femme laide, si laide que personne ne pourra la regarder sans être saisi d’effroi et qu’elle ne saura inspirer que le dégoût.
- Tel est votre désir ? Demanda Benserad d’une voix amère.
- Oui ! Mais comme je n’ai pas envie de voir cela attends que je sois parti, puis tu me rejoindras car je ne veux pas qu’on cherche à t’apitoyer et que tu defasses le sort pendant mon abscence. »
Le visage de Benserad s’empourpra, il serra les lèvres, mais ne dit rien.. Il s’envellopa dans sa cape et sortit de la pièce aussi silencieusement qu’il était entré.
Le seigneur rejoignit sa cour, s’approcha de sa femme, elle tomba à genoux.
- Ma noble dame je pars le coeur lourd... je vous jure d’êre bien fidèle et loyal pendant toute l’expédition... Quant à vous demeurez-moi fidèle, servez-moi bien.. occupez-vous du domaine et de nos gens comme de vos propres enfants. »
Il sauta prestement sur son cheval et franchit la large porte. La troupe quitta le château dans une joyeuse animation.....
Puis le silence retomba... la dame était encore à genoux, les courtisanss et les belles dames regardaient encore le cortège qui s’éloignait et agitaient leurs mouchoirs quand leur attention fut attirée par l’arrivée de Benserad qui menait son propre cheval par la bride.
Le sorcier avait revêtu son manteau noir parsemé des constellations célests et d’étranges signes oubliés. Il tenait à la main son livre relié de cuir rouge.
Il s’arrêta devant la Comtesse. Il posa son livre sur la margelle du puit, l’ouvrit et tout en faisant d’étranges passes avec ses mains, il entama une curieuse mélopée devant toute l’assistance saisie d’effroi.
Il ne quittait pas des yeux la dame de Fontcaude qui était resté à genoux. Pendant un long moment, on n’entendit plus que son chant puis il s’arrêta, referma son livre d’un coup sec et sans rien dire, sans un regard, sauta en selle, franchit la prote du château avant de disparaître sur l’étroite route dans un sillage de poussière.
Immobiles, saisis de peur, personne n’osait bouger pourtnat ils n’eurent pas à attendre longtemps. La magie de Benserad commença bien vite à se rendre visible...
Alors un grand gémissement s’éleva... la comtesse passa ses mains sur son visage qui commençait à se transformer. Des poils commençaient à pousser, raides et hérissés. Ses yeux s’agrandissaient, ses lèvres s’épaississaient, son nez s’applatissait, ses oreilles s’allongaient en pointe, sa machoire se dilatait et s’alourdissait. Le temps d’un sablier tout fut terminé...
Sa tête n’avait plus rien ni d’humain ni même d’animal. Benserad avait exaucé le monstrueux souhait du Comte de Fontcaude... Toute consciente de cette horreur, la comtesse poussa un hurlement et courut s’enfermer dans ses appartements.
Le château se remplit de chagrin, tous traînaient dans les couloirs se parlant à mi voix et n’osant même plus se regarder.
Mais la Dame de Fontcaude possédait une âme d’un courage exceptionnel comme trempée dans de l’acier. Passés les premiers mois de douleur et d’isolement, elle osa se montrer à nouveau. Devant les serviteurs, puis devant ses proches puis petit à petit devant ses gens. Il fallait bien malgré sa disgrâce qu’elle accomplisse son devoir, surveille les récoltes, gère le domaine, veille au cellier et au grenier.
Les courtisans et les habitants du domaine s’habituèrent à son apparence. Quand elle passait devant eux, vêtue d’une robe splendide, c’est à peine si on remarquait son apparence.
Sept longues années passèrent ainsi, la comtesse portait son sort avec patience et conservait au fond de son cœur son amour et sa foi à son cruel mari. Du comte, on avait eu bien peu de nouvelles.
On savait que beaucoup d’hommes de sa suite étaient morts, soit lors d’une terrible bataille soit de maladie mais leur Seigneur était toujours vivant.
Un jour de la huitième année, elle aperçut du haut de la tour où elle aimait à se retirer, un messager qui arrivait au triple galop dans un grand panache de poussière.
Il était porteur d’une grande nouvelle : le comte était de retour, il venait de débarquer à Aigues-Mortes. Aussitôt, la comtesse ordonna qu’on s’affaire pour le recevoir, que tout soit propre, frais et repassé pour l’arrivée de cette pauvre armée de glorieux chevalier.
Tous obéirent, mais tous la mine basse se demandaient avec effroi ce qui allait se passer... car ils se souvenaient que leur Seigneur était parti avant que Benserad ne jetât son terrible sort.
Quel triste spectacle lorsque le cortège, parti joyeux huit ans auparavant, franchit la porte du château.
Les cavaliers étaient épuisés, cheveux blancs et traits tirés, vêtements en lambeaux... Les montures faisaient peine à voir, si fourbues qu’on pensait qu’elles allaient trébucher à chaque pas.
Le Comte aussi avait vieilli, son armure était sans éclat et comme racornie, les sangles cassée... Et puis les horreurs de la guerre avaient endurcies son regard et son cœur, creusées son visage. Il n’avait plus souvenir de la paix.
Il descendit péniblement de son cheval, s’appuyant contre son épaule pendant que son épouse s’approchait pour lui remettre les clés du château.
Alors il poussa un cri terrible... lorsqu’il était parti son épouse était la plus belle femme de Provence...
Tous alors cherchèrent du regard, dans la suite du comte, Benserad, son cheval ou sa cape écarlate.. mais il ne purent que constater ce que le vent de nouvelles soufflait depuis ce terrible jour...
Benserad avait disparu à peine arrivé en Terre Sainte et depuis plus personne en avait entendu parler.
Le Comte, devant ses courtisans horrifiés, entra dans une colère terrible, il hurla, repoussa violemment son épouse et passa devant elle pour aller rejoindre le château. Il détourna la tête quand elle le poursuivit en le suppliant et sans la regarder lui ordonna d’aller s’enfermer dans la plus haute tour du château et de ne plus jamais reparaître à ses yeux...
Les jours qui suivirent furent terribles... le baron était d’une humeur exécrable... La croisade l’avait rendu plus égoïste que jamais... Il interdit même de prononcer le mot de comtesse.
Cependant au fur et à mesure qu’il parcourait à nouveau son domaine il ne pouvait qu’admirer la bonne gestion de son épouse... Son cœur lui disait qu’il avait tort de se montrer si cruel mais il ne pouvait pas se faire à l’idée qu’on parle sur son compte ou pire qu’on se moque... Et puis il sentait bien qu’un seul regard sur le visage déformé de son épouse le remplirait d’une honte qui le ferait mourir...
Alors il envoya des messagers partout pour annoncer qu’il offrait une fortune immense à celui qui délivrerait la comtesse de cet enchantement...
Une fortune c’est une somme considérable et les magiciens, sorciers, charmeurs et... charlatans de toute sorte affluèrent au château.. on organisa des soirées magnifiques pour les recevoir... mais la magie de Benserad était puissante et décidément la plus forte.
Peu à peu les sorcières cessèrent de venir, les messagers de partir... Le comte que son séjour en Terres sainte avait rendu encore plus égoïste reprit sa vie de plaisir...
Il réunit une cour brillante, jeune et surtout qui n’avait jamais connu la comtesse et ce ne furent plus que fêtes et banquets... Peu à peu la bonne gestion de la comtesse s’effaça devant la vie de dissipation de son époux....Les terres tombèrent en friche, les troupeaux diminuèrent... les fermiers en prenaient bien à leur aise.. et on en oubliait même la comtesse enfermée dans sa tour.
Un soir de beuverie, alors que le comte était déjà bien ivre, un inconnu se présenta à la porte du château. Il portait des vêtements élimés et paraissait sans âge tant ses traits étaient tirés. Il n’avait aucun bagage mis à part cette cape sans couleur qu’il enroulait autour de ses maigres épaules.... Lorsqu’il entra dans la grand salle... personne ne fit attention à lui... Le comte leva distraitement la main pour lui demander ce qu’il voulait.
« J’ai appris que votre épouse soufrait d’un charme... je peux la délivrer...
-Tu n’es ni assez fort, ni assez superbe pour défaire ce qui a été fait mais tu peux toujours aller demander une écuelle de soupe aux cuisines.
- Vieux ne signifie pas sans valeur, ni usé... et quelquefois ce qui est envers peut devenir endroit...
-Tu m’amuses vieillard, ton insolence m’amuse... Allez, je te donne deux semaines pour délivrer ma femme, ce sera toujours deux semaines où tu ne gèleras pas de froid sur les routes... mais au bout de ce délai, si tu n’as rien pu défaire... Je te ferais chasser par mes chiens.... »
La suite demain, mais pas la fin....
Ce vagabond était vraiment bizarre. Il passa les deux semaines à se promener.... Du matin au soir, il errait dans la cour, traçant d’étranges figures sur le sol de la cour, ou encore pendant des heures, il s’essayait sur le chemin de ronde et contemplait l’horizon.... on le voyait quelquefois regardait la tour où la comtesse supportait vaillamment sa disgrâce. Il n’adressait la parole à personne, préférant la conversation des oiseaux à celles des hommes.
Enfin le soir du quinzième jour arriva... le comte qui n’avait jusque là fait aucun cas de l’étranger, à la fin du banquet ordonna qu’on aille le chercher.
« Eh bien, vieillard, le temps est venu.... fais voir ta magie et délivre ma comtesse, qu’on aille chercher la Dame de ces lieux.... »
Ce qui fut fait. Lorsqu’elle descendit dans sa robe toute simple, un frisson parcourut l’assistance. En effet, beaucoup de courtisans n’avait jamais vu la Dame et son apparence les choquait mais son maintien était si noble que bientôt le silence se fit.
Le comte, en détournant les yeux, l’invita à s’asseoir et fit signe au sorcier de commencer son office.
Alors l’homme entama une étrange mélopée, envoûtante et mélodieuse.... on sentait que c’était comme un poème mais personne ne comprenait pourtant le visage du comte se contractait.... Il avait reconnu la chanson, elle était en langue sarrasine qu’il avait appris au cours de la croisade et, visiblement, les paroles l’effrayaient fort.
L’homme s’arrêta tout à coup, le fixa durement et repris en français
« Tu as raison d’être effrayé comte, car je vais raconter, avant de commencer, l’histoire de Benserad.... Oui Benserad était un grand sorcier mais un sorcier sous un charme... un charme qui le retenait prisonnier en votre pouvoir.
Un jour par le fait de votre égoïsme monstrueux, vous lui demandâtes de rendre votre épouse, si belle et si douce, horrible à voir.... Il dut, bien malgré lui, car cet ordre nuisait au principe même de la magie qui n’est là que pour le bien, il dut obéir.....
Mais votre félonie ne s’arrêta pas là.... vous lui ordonnâtes de partir avec vous en Terre Sainte pour ne pas qu’il fut tenté de défaire son maléfice. A peine arrivé, il y eut une horrible bataille, Benserad tomba... sous les flèches sarrasines... Vous ordonnâtes de l’abandonner, dans le désert, aux bêtes féroces
- Il était mort
- Qui vous l’a dit ? Avez-vous cherché à voir son cadavre ? Avez-vous posé la main sur son cœur ? Non, le signal de la retraite donnée, tout le monde s’enfuit et vous le premier. ainsi, pour son malheur, Benserad n’était pas mort, durement touché mais pas mort. Les pilleurs de champ de batailles le ramassèrent et le vendirent comme esclave à un maître cruel. Il le servit pendant des années mais sa blessure l’avait affaibli, son grimoire avait été déchiqueté pendant la bataille... sa magie était moins puissante. Un jour enfin son maître mourut et il parvint à s’enfuir...
- Balivernes que tout cela, tout ça n’a rien à voir avec la Comtesse..... Allons fait ton office je ne t’ai pas gardé pour faire le bateleur.
- Rassure-toi, Comte cruel n’auras pas trop à attendre... Benserad est venu réparer ce que ta cruauté l’a obligé à faire... Tu as raison de trembler... Je suis Benserad !
Le vent glacial de la peur se mit à souffler sur la haute salle.
On se rappelle que Benserad était revenu de Terre Sainte bien décidé à défaire le sort que le cruel comte de Fontcaude l’avait obligé à jeter à son épouse.
... - Rassure-toi, Comte cruel n’auras pas trop à attendre... Benserad est venu réparer ce que ta cruauté l’a obligé à faire... Tu as raison de trembler... Je suis Benserad !
Le vent glacial de la peur se mit à souffler sur la haute salle.
Alors Benserad s’approcha de la comtesse et se mit, tout en faisant des passes, à chanter une mélopée... Mais il le faisait d’une voix si faible que ses paroles semblaient un murmure.... puis il éleva les bras... mais rien ne se passa.. le visage comtesse était toujours aussi difforme
- Oh comte cruel, contemple ton oeuvre... Certes ma magie était puissante autrefois mais l’esclavage où ta cruauté m’a jeté, les privations, l’usage mauvais de mon art m’ont affaibli... Je ne peut défaire ce sort... Vous tous, ignorants des choses merveilleuses et secrètes, sachez qu’il faut plus de force pour défaire que pour faire, pour détruire que pour construire, pour réparer que pour casser, pour soigner que pour blesser... Je suis trop faible, mais même si cela doit me coûter mes dernières forces, Comtesse je vais te délivrer de ta laideur....
Et il se tourna vers le comte tout en reprenant sa mélodie, il se balançait de droite à gauche.... Tout à coup un cri d’horreur s’éleva... Le comte porta les mains à son visage et se mit à hurler lui aussi... Benserad s’était tu maintenant et souriait... Le visage du comte était devenu tout aussi diforme que celui de son épouse....
Lentement Benserad fit une profonde révérence avant de sortir de la haute salle dans un silence ahurissant... on ne le revit plus jamais....
Le comte s’enfuit à toutes jambes et s’enferma dans la plus haute tour du château....
Mais la comtesse si magnanime et qui depuis longtemps avait pardonné à son époux ne l’entendait pas ainsi.... Elle monta et gratta doucement à la porte... Le comte ne répondit pas mais elle ..., d’une voix douce :
- Mon seigneur, ne soyez pas en peine, ouvrez moi.. de vous, rien ne me dégoûte.. N’ayez pas de honte... moi je ne vois que votre coeur et je sais maintenant qu’il s’est ouvert à la compassion....
- Non belle amie, votre pitié me transperce le coeur, je suis un miserable... je préfère encore murir que de sentir votre regard de bonté sur moi ! Laissez moi
- Je vous laisse mon ami, mais je ne vous abandonne pas.
Et la dame de Font caude reprit l’administration du domaine... Tous les jours, elle montait l’étroit escalier pour parler à son époux. Peu à peu, elle lui apprit à accepter son sort, son apparence, elle obtint qu’il ouvre la porte, qu’il consente à la voir, à se promener sur le chemin de ronde.
Peu à peu le comte appris à prendre du plaisir aux choses simples et... et il retomba amoureux de son épouse...
Bientôt ce fut merveille de les voir vivre si sereinement ce nouvel amour... La dame sous le regard aimant de son époux devint plus heureuse qu’elle ne l’avait été aux temps de sa jeunesse... et son époux qui trouvait que la comtese était un véritable trésor se mit à prendre une tournure toute fringante...
Ainsi l’une était heureuse et l’autre était enfin sage et avisé... alors ils décidérent de faire graver sur le linteau de la porte du château « Du mal est né le bien, et de la laideur, la beauté. »
Aujourd’hui si vous passez un jour à Fontcaude, peut être si vous avez le coeur pur, y trouverez-vous, parmi les ruines et les ronces, la seule arche qui reste encore debout et vous y lirez gravé : « Qui se tourne vers le mal verra le mal se retourner contre lui. »
Kirikiki, le conte est fini....